La 305 blanche

Il est 16h30. Le maître demande à la classe de se ranger deux par deux sous le préau et d’attendre son signal pour avancer jusqu’au portail. Sur le trottoir, un lampadaire à la lumière orange dessine les ombres des mamans impatientes. Lucas ne les regarde pas, son père attend dans la 305 blanche garée sur le côté.

Lucas ouvre la porte arrière de la voiture et se laisse tomber sur la banquette. Il aime ce moment-là. Le chaud artificiel et l’odeur d’essence de la soufflerie. La musique de Pink Floyd qui s’échappe des deux baffles incrustées dans les portières et couvre à peine le bruit de la ventilation. Le moelleux de la banquette et l’aspérité des motifs contre la paume de ses mains. Lucas s’extirpe alors des bretelles de son cartable et entrouvre la fermeture éclaire de son anorak. La 305 montre le jaune ocre de ses phares et s’engage sur la chaussée.

À la vitre, le paysage défile, porté par le souffle du saxophone. À gauche, le parc municipal et la silhouette inquiétante du vieux toboggan fatigué. À droite la grande et vieille maison du docteur Thibault. Au loin, les feux de signalisation qui éclaboussent de leurs lumières chaudes et multicolores le mur lisse et neuf de la salle des fêtes.

 

Dans l’obscurité de l’habitacle, le petit garçon aux nastases blanches et bleues se délecte de ces quelques secondes de grâce qu’il voudrait éternelles. La fonction autoreverse de l’autoradio aura finalement raison de cette éternité.

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